Chaque année, au début du mois de novembre, une petite vieille femme entrait dans le village, avec une dizaine de valises, liées entre elles par une ficelle, qu'elle tirait derrière elle. Tous les gamins venaient la voir en riant et en chantant, car c'était pour eux une bonne nouvelle : Mamie Bertille était de retour !
Elle entrait alors dans une petite maison, toute poussiéreuse, avec une grande vitrine. Les enfants qui la suivaient la nettoyaient avec ardeur, le temps qu'elle déballe toutes ses affaires. Que contenaient toutes ces valises ? Ca, personne au village ne le savait. On entendait juste des bruits de casseroles, des tintements de cuillères, des pots de verre qui s'entrechoquent. En fin d'après-midi, alors que les enfants repartaient dans leurs foyers, Mamie Bertille leur donnait une pièce de monnaie à chacun, tout en sachant très bien à quoi tout cet argent allait servir.
Car Mamie Bertille connaissait les enfants; et elle savait qu'ils étaient gourmands...
Alors, après ce jour, on ne voyait plus Mamie bertille pendant des semaines. On voyait juste juste la fumée s'échapper de la cheminée, une bonne odeur envahissait le village... Mais Mamie Bertille ne reparaissait pas. Vous voulez savoir ce qu'elle fabriquait, dans sa petite maison ?
Elle cuisinait. Elle préparait de la pâte, beaucoup, beaucoup de pâte, et elle l'étalait. Et elle taillait dans la pâte des petits sapins, des petits nounours, des petites étoiles, des petits coeurs. Et elle faisait cuire ces petites formes.
Et, sans relâche, elle préparait des petits gâteaux.
Jusqu'au mois de décembre.
Vers la mi-décembre, elle ouvrait sa maison aux passants, elle leur offrait un gâteau, ils lui en achetaient des dizaines.
Et tous les enfants venaient dépenser leur argent.
C'était une tradition, au village, les gâteaux de Mamie Bertille. Tous les villages des alentours venaient en manger.
C'était devenu le village de Noël.
La légende disait que, chaque année, Mamie Bertille partait sur une île pour préparer sa farine, sa confiture qu'elle fourrait dans les petits fours, ses oeufs avec lesquels elle faisait dorer sa pâte. Et que, chaque année, elle rapportait une nouvelle recette. Les habitants croyaient volontiers cette légende, car Mamie Bertille faisait toute sorte de gâteaux : il était impossible de tous les goûter.


